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Bien sur, je m’attendais à essuyer quelques tempêtes. Il en est toujours de même lors des longues traversées. Mais celle-ci m’a levé haut le cœur…
Avant le départ, pourtant, tout est toujours soigneusement mis en revu. On s’assure de la solidité des éléments, de l’étanchéité afin de ne pas être submergé, que tout est bien à sa place … On se prépare, le cœur rempli d’allégresse. On aimerait que le départ se hâte, en ayant seulement à l’esprit ces doux moments ou l’embarcation suit son cours, avec tous les éléments réunis pour une croisière de rêve. Un flot de bonheur en guise d’open bar.
Mais aujourd’hui, cette conjonction idyllique nous parait tel un mirage que nous aurrions croisé voilà bien des milles en amont … Pourtant en y repensant, cette vision était tellement concrète !
Mais que c’est il passé alors ? Me serais je laissé charmé par le chant de sirènes, comme dans un conte à la con ? Il pourrait en être ainsi, j’aime tellement les histoires … Mais tout de même ! Au point d’en perdre l’itinéraire initial ? Il est certain qu’il faut « jouer » de malice, et conjuguer avec la force des éléments afin de ne pas chavirer. J’en ai pris bonne note. Mais au moment ou j’écris ces lignes, même tenir mon carnet de bord me parait illusoire … Serais je devenu déjà trop vieux, ou bien trop amer ? Ou a-t-on vu cela qu’un vieux flibustier puisse attraper le mal de mer en pleine navigation !? J’ai envie de vomir …
De mes prédécesseurs pourtant, j’ai bien entendu de leurs récits gonflés comme la mer déchaînée, qu’il n’existe pas de belles traversées sans avoir à affronter la houle. Ou bien alors, il eut fallut partir naviguer sur un lac, exhortant les lointains rivages paradisiaques de nos fantasmes … Sans pour autant penser que sous leur surface calme d’apparence, ne se cache bien des dangers qui prendront soins de surgir au moment où l’on s’y attend le moins. Les eaux profondes en sont pleines, c’est bien connu.
Mais cette fois, vraiment j’ai du mal à saisir … La coque en a pris un sacré coup. J’ai beau la réparer de mon mieux, de l’eau continue à s’infiltrer et je dois régulièrement redescendre à la cale pour écumer.
J’ai pourtant vu bien des embarcations, d’un âge plus avancé, qui avaient meilleure allure ! En apparence pourtant. Car après quelques palabres avec leurs propriétaires, on réalise que leur moteur est bel et bien essoufflé. Mais il fonctionne encore ! Alors tant que ça tourne, usons en.
Non, le problème n’est pas là … Cela fait plusieurs jours que je suis à la dérive. J’ai eu très peur. Cette zone de récif ne se trouvait pas sur les cartes que je pensais pourtant avoir soigneusement planifié. J’ai tellement peur que ma boussole soit faussée. Je ne sais plus si je dois me fier à elle ou non … Jusqu’ici elle semblait pourtant m’indiquer le bon cap à suivre ! Me suis-je trompé dans mes calculs ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu …
Oye oye Matelot !… Je ne suis pas parti pour m’échouer.
Mon moteur est en parfait état de marche ! Du moins je le crois. Car il n’est pas rare que j’entende comme un bruit de vis qui se baladerait dans la carlingue …
Mais j’en fais abstraction. Sinon je sombre littéralement … Advienne que pourra.
Une chance ma radio, elle, est toujours en état de marche. Mes appels S.O.S ont ne sont pas restés qu’un écho. Je ne suis pas le seul à naviguer, et à être ballotté. La solidarité de ses vieux loups de mers qui en ont vu plus d’une, me permet de me remettre à flot.
Ma femme n’attend plus mon retour, non … Je ne peux plus trouver réconfort auprès de son souvenir resté gravé, car il tend à me tirer vers le fond.
Comment aurait elle pus supporter plus longtemps de me voir partir ainsi, sans être sur jamais de me voir revenir ? Elle ne méritait pas ça.
L’heure n’est plus aux lamentations.
Je dois remonter sur le pont, Il me reste bon nombre d’escale avant d’arriver à bon port.
(« C’est connu, les écrivains aiment voyager. Bien sûr… pour eux, il est plus facile de lever l’encre. »
- Georges Raby – Journaliste et Poète Québécois. )