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J’étais dans ce même marché , à Barcelone, quelques mois plus tôt. Errant entre les étalages de fruits mûrs, de charcuterie pendante, et autres confiseries gélatineuses. Et il y avait ce café-bar : chez Pinochio. C’est l’heure de pointe. Les commerçants viennent prendre un sandwich sur le pouce et un café bien serré pour tenir le reste de la journée. La machine à expresso n’a de cesse d’épandre sa boucane sous le toit du petit kiosque, où le serveur s’affaisse à servir ces clients du mieux qu’il peut.
Je tente de me rendre invisible dans le flux de passant qui tend à m’emporter dans son flot sans fin. Il me voit, déclenche son pouce et son sourire de grand champion : clic. Les clients n’ont pas bronché, ça a duré moins de 3 secondes, et le serveur comme si de rien n’était se re-attelle à sa tâche. J’espère au plus profond de moi que la photo est réussis. De retour chez moi, je pars récupérer cette pellicule dont certaines des photos, je veux pour croire, les meilleures qu’il m’est était permis de prendre à ce jour. Verdict : toute la pellicule est vierge .
Je suis à nouveau devant ce kiosque quelques mois en avant dans le temp. On dirait que le théâtre du marché n’a pas changé une seule des scènes de sa pièce. Il me re-fait le coup du pouce et du sourire de champion. Moi qui m’étais cru original avec ce cliché, je me rends alors compte que cela fait partie du prix du billet dont bien des spectateurs ont du être témoins. Qu’importe. C’est le geste qui compte.
Je repars, tout heureux que je suis, quand le rideau se baisse.
Je scanne mes clichés et arrive à la dite photo : Une surimpression s’est faite sur la pellicule.
Des bottes (de jeunes filles à en juger par la taille) dont je suis à mille lieux de savoir à qui elles appartiennent, ont fait leur apparition au milieu de l’un des actes.
Parfois il faut savoir lire des messages là où il n’y a rien à voir. Parfois…
Pour ma part, je continue à marcher. Sur ce chemin semé d’embûche, de cul de sac, de nid de poule et menant bien souvent à des intersections sans indication.
Heureusement, certains me prennent au passage. Il suffit de lever le pouce.